Cinq siècles de notre patrimoine en 500 pages

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Micheline Marchand

Notre patrimoine, celui de l’Amérique française, remonte à plus de cinq siècles et demeure une œuvre en cours qui continue à fasciner. L’Encyclopédie des patrimoines de l’Amérique française qui vient de paraître en format de livre nous le confirme. 

Cette publication de 500 pages, si impressionnante soit-elle, ne représente qu’une portion, moins du tiers, soit 88 des quelque 330 articles qui font partie de l’encyclopédie numérique multimédia en libre accès sur le Web qui porte le même nom. Mais, contrairement à un site Web, il est possible de manipuler un livre, de l’offrir à quelqu’un ou de le laisser traîner sur une table pour le feuilleter quand on en a l’envie. 

Ce projet remonte à 2008, lors du 400e anniversaire de la fondation de Québec. Même s’il a fallu attendre 17 ans pour une version imprimée de cette encyclopédie, l’attente en aura valu la peine. Le volume est abondamment illustré et l’on peut tirer un grand plaisir à tout simplement le feuilleter au hasard et à glaner des informations en parcourant les titres, les photos et les illustrations dont plusieurs sont d’époque.

La Huronie bien représentée

Le patrimoine qu’on y décrit est vaste, non seulement dans les sept régions qu’il couvre — le Québec (47 articles), la France (17), les Prairies (9), les États-Unis (8) les provinces maritimes (7 articles), l’Ontario (6 articles), et la Colombie-Britannique (1), — mais aussi dans le genre de patrimoine mis en valeur. La Huronie est bien représentée, avec deux des cinq articles de l’Ontario, soit un texte sur le site historique Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons et un autre au sujet de la légende du Loup de Lafontaine, tous deux signés par Daniel Marchildon. L’Encyclopédie en ligne contient plus d’une vingtaine d’articles avec des sujets ontariens.

Un riche patrimoine vivant et immatériel

Comme le souligne Philippe Joutard, professeur émérite d’histoire à l’Université d’Aix-Marseille dans un des trois textes d’introduction : « Le patrimoine présenté ici n’est pas une réalité figée une fois pour toutes, enfermée dans un passé rigide, ou dans la seule forme matérielle et classique des grands monuments. » C’est pourquoi l’encyclopédie englobe « les réalités les plus diverses et de plus en plus immatérielles. »

Ainsi, on retrouve des articles qui se penchent autant sur des traditions culinaires ou la chanson traditionnelle que sur des personnages historiques comme Jeanne Mance, des sites historiques comme la forteresse de Louisbourg ou des communautés francophones comme Maillardville, en Colombie-Britannique.

Des choix d’articles difficiles

L’Encyclopédie dans son format numérique, qu’on peut consulter gratuitement en allant au site www.ameriquefrancaise.org, est un succès indéniable. Plus de 320 000 visiteurs s’y rendent chaque année. Dans son texte d’introduction, un des coordonnateurs du projet, Laurier Turgeon, un professeur d’ethnologie et d’histoire et le directeur de l’Institut du patrimoine culturel à l’Université Laval, souligne que : « Ce succès n’est pas un hasard. Le patrimoine répond à une demande sociale de racines et de continuité dans un monde de plus en plus caractérisé par la mobilité, les mutations, les ruptures et l’éphémère. Plus encore, il construit de façon vivante et dynamique un sentiment de permanence et d’appartenance. Contrairement à l’histoire qui privilégie l’archive écrite et le livre, le patrimoine s’appuie sur l’objet matériel et la performance pour communiquer le passé. Ainsi, il concrétise la mémoire et la rend directement accessible à la vue, au toucher, à l’ouïe, parfois même à l’odorat et au goût par le biais de pratiques et d’événements divers. »

Dans la section de ce même texte intitulée Survol de l’histoire de l’Amérique française, le professeur Turgeon résume de façon habile et succincte en deux pages le parcours remarquable de la francophonie du continent nord-américain.

Compte tenu de l’impossibilité de rassembler 330 articles dans un seul volume, les 88 qui ont été choisis, revus et actualisés pour la publication, devaient répondre à trois critères. Dans un article sur le site Web des Presses de l’Université Laval, Laurier Turgeon explique que les codirecteurs du projet ont sélectionné les articles dans le but d’assurer une répartition géographique qui représente les francophones, de présenter les patrimoines phares des populations de ces régions et d’inclure les textes les plus consultés selon Google Analytics.

Les auteurs et autrices des articles, qui se veulent simples et accessibles à un large public, sont tous des spécialistes des sujets traités : des ethnologues, historiens, historiens de l’art, archéologues, littéraires, muséologues, cinéastes et linguistes. 

Lancé à Montréal le 7 novembre dernier, et ensuite, à Québec le 3 décembre, l’ouvrage qui est co-édité avec les Presses universitaires de Rennes, paraîtra également en France en avril 2026. On peut se procurer L’Encyclopédie des patrimoines de l’Amérique française, dirigé par Laurier Turgeon, Yves Bergeron et Martin Fournier, en format papier au coût de 54,95 $ ou en PDF pour 43,95 $. Les bibliothèques voudront sans doute ajouter ce beau livre de référence à leur catalogue.

La région de la Huronie fait bonne figure parmi les 88 articles retenus pour cet imposant livre sur le patrimoine francophone de l’Amérique avec deux textes, dont l’un au sujet du site historique Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons qu’on voit ici au bord de la rivière Isiaragui (Wye).  Crédit : Daniel Marchildon